Historique de l'école en France

 

 

 

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" L'école "

 


La nécessité d’enseigner a toujours été une constante des civilisations.
Depuis l’époque gauloise à Jules Ferry, fondateur de l’école publique laïque, les méthodes et les objectifs de  
l’enseignement ont évidemment évolué ; l’école pour tous s’affirmant progressivement,
devenant alors une impérieuse nécessité, indissociable du progrès social.
L’enseignement uniquement oral, encore parfois en usage, a utilisé le support de l’écriture dès que possible.
Son développement s’est accentué avec l’avènement de l’imprimerie ; et, actuellement,
l’explosion de tous les médias a totalement modifié ses structures et les manières d’enseigner.
Enseigner, c’est transmettre un savoir, mais c’est aussi, et de plus en plus,
développer des méthodes d’apprentissage.
De nombreuses questions se posent, que nous introduirons, au niveau des structures de l’école, de la nature de
l’enseignement, de la façon d’enseigner, des qualifications des enseignants…

   

L’évolution de l’école, de l’époque gauloise au XIVème siècle

Ce sont les druides qui ont été les premières personnes à enseigner en Gaule, bien avant le début de notre ère. Ils étaient à la fois prêtres et savants, possédant ainsi tous les savoirs de l'époque. L'enseignement des druides était purement oral et s'adressait aux fils de la noblesse, dont certains devenaient par la suite, eux-même des druides. Ils enseignaient l'astronomie, la cosmologie, les sciences de la terre, mais aussi les sciences occultes.
Afin de romaniser les provinces conquises, l'envahisseur romain, à la suite de la conquête de la Gaule par Jules César (58-51 av. J.-C.), crée des écoles tenues par les prima magisters. Ce sont des écoles communales, en fait les premières écoles laïques, accueillant garçons et filles entre sept et douze ans, issus essentiellement des classes moyennes de la société. Les Romains créent un réseau très important de ces écoles afin d'inculquer aux enfants la langue et la culture romaine, et de ce fait développer leur assimilation culturelle.

Après la tourmente des invasions barbares (IIe-IIIe siècles après J.-C. ; notamment l'invasion de la Gaule par les Francs en 257), c'est l'Église qui prend le relais au cours du haut Moyen Âge (Vème-VIème siècles après J.-C.). Il s'agit maintenant de christianiser les populations. Durant tout le haut Moyen Âge, l'unique livre de lecture sera le psautier, ensemble de chants sacrés des Hébreux, tirés de la Bible, l'équivalent des sourates du Coran pour les Musulmans.
L'enseignement est dispensé par les moines dans des écoles monastiques et par les curés dans des écoles paroissiales qui se tiennent le plus souvent dans leurs propres demeures. Les écoles monastiques se tiennent soit à l'extérieur du cloître pour accueillir les enfants à partir de sept ans, soit à l'intérieur ; ce sont alors des écoles plus spécialisées, amenées à former les futurs novices.

Les troubles du VIIIème siècle mettent de nouveau à mal cette organisation.
Le renouveau de l'école apparaît avec Charlemagne (742-814) vers la fin du VIIIème siècle. Cette renaissance carolingienne concerne l'organisation
de l'enseignement, mais aussi la pédagogie. Par un capitulaire (ordonnance d'un roi ou d'un empereur franc) promulgué
en 789, Charlemagne demande que " les prêtres tiennent des écoles dans les bourgs, qu'ils ne refusent pas d'instruire les enfants des fidèles,
qu'ils n'exigent rien pour ce service et qu'ils ne reçoivent que ce que les parents offriront spontanément "
. Il ajoute que " les psaumes, les chants et la grammaire soient enseignés dans tous les monastères et évêchés ". Pour définir la pédagogie à suivre, ainsi que les disciplines à enseigner et les programmes à développer, Charlemagne crée l'École du Palais, école modèle qui le suit dans tous ses déplacements et sur laquelle il porte constamment un œil attentif. Il se préoccupe aussi de la formation des maîtres d'école.

L'Église soutient l'effort impérial en faveur de l'école.

En 813, le concile de Mayence demande aux parents de confier leurs enfants aux écoles monastiques ou presbytérales. L'Église compte en effet sur cette politique pour arracher au paganisme les populations rurales.

En 1179, le concile de Latran demande qu'il y ait dans chaque église cathédrale un maître à qui il sera versé une pension, et qui recevra tous ceux qui voudront s'instruire, la gratuité étant ainsi assurée. Choisi par l'évêque, ce maître ou précepteur est souvent le chantre du chapitre cathédral. Ce religieux ayant alors des prérogatives élargies, car il ne s'agit plus d'enseigner uniquement le chant religieux, prend alors le titre d'écolâtre ou de maîstreschole.
Parallèlement à ces écoles épiscopales, apparaissent au XIIème siècle des écoles municipales émanant de la société civile. La bourgeoisie marchande en plein essor, à l'origine de la renaissance des cités, commence à comprendre tout l'intérêt de développer l'instruction afin de former des personnes aptes à la conduite des affaires. Une importante vague de scolarisation, véritable révolution, se développe donc à partir du XIIème siècle.
Mais vers le milieu du XIVe siècle, tout cet édifice s'écroule de nouveau, victime des troubles provoqués par la guerre de Cent Ans entre 1337
et 1453, et les ravages de la peste noire.

  L'école du XVIème au XVIIIème siècle ;
apparition de l'école gratuite pour les pauvres

L'école primaire refait surface au XVIème siècle. C'est de nouveau l'Église qui est à l'origine de cette renaissance, qui sera cette fois définitive. L'Église catholique a besoin de l'école pour combattre la vague réformiste protestante, qui elle-même, s'appuie sur l'enseignement.
La Réforme (1517-1560) exigeait que les fidèles soient en mesure de lire la Bible en langage vernaculaire, l'allemand ou le français ; hommes et femmes devaient donc être alphabétisés. La traduction des textes sacrés avait donné lieu à des luttes acharnées dès la deuxième partie du XVIe siècle.
Déjà, en 1525 Clément Marot (poète français né à Cahors en 1496, décédé à Turin en 1544) est inquiété pour la traduction de ses psaumes,   et Étienne Dolet (humaniste et imprimeur français - né à Orléans en 1509) meurt par pendaison à Paris en 1546 pour avoir imprimé en langue française les Épitres et les Évangiles. C'est sa liberté d'esprit et son activité d'imprimeur qui entraînent sa condamnation pour hérésie et athéisme.

Le moine Martin Luther (1483-1536), en fondant le mouvement réformateur au XVIe siècle,  conduit à une scolarisation massive et permis aux filles d'accéder à un savoir qui leur a été refusé jusque-là. Il considére que l'école est " une arme contre le diable " ;  
dès 1530, il veut que les parents envoient leurs enfants à l'école pour permettre la propagation de la foi : " J'affirme que l'autorité a le devoir de forcer ceux qui lui sont soumis d'envoyer leurs enfants à l'école. Eh quoi ! si l'on peut, en temps de guerre, obliger les citoyens à porter l'arquebuse, combien peut-on et doit-on les contraindre à instruire leurs enfants, quand il s'agit d'une guerre bien plus dure à soutenir, la guerre avec le mauvais esprit qui rôde autour de nous, cherchant à dépeupler l'État d'âmes vertueuses ! "

Un abécédaire protestant publié à Genève en 1551, l'ABC français, facilite la mémorisation tout en évoquant la Genèse " Notre aide soit au nom de Dieu qui a fait le ciel et la terre. Amen.
Le premier jour abcd
Le second efgh
Le tiers ijkl
Le quatrième nopq
Le cinquième rstu
Le sixième vwxyz
Le septième il faut redire toutes les lettres ".

Jean Cauvin, dit Calvin (Noyon, Picardie, 1509 - Genève, 1564), écrivain et réformateur religieux de la deuxième génération,  commence à mettre en place un réseau scolaire en Suisse, à Genève, Neufchâtel ; puis dans des villes françaises où les Réformés sont nombreux : Nîmes, Montpellier, Orange, Montauban, La Rochelle ; réseau démantelé par la suite. 
Cependant, le savoir dispensé aux filles reste limité, car leur scolarisation consiste à l'apprentissage de la lecture en français, et elles n'accèdent pas à l'enseignement secondaire qui dispense l'enseignement du latin et permettait ainsi une formation intellectuelle.
La compétition exacerbée, la guerre entre l'Église catholique et l'Église réformée, est un accélérateur de la scolarisation et de la mise en place d'un enseignement généralisé, atteignant toutes les couches de la population.

Le concile de Trente (1545-1563) affirme la volonté de faire ouvrir par les prêtres, des écoles gratuites dans leurs demeures.
Les prêtres prêtent serment : " Je déteste toute doctrine contraire (...) si comme des luthériens, des calvinistes, anabaptistes et tous autres hérétiques et sectaires, et qu'en tant que moi sera, je m'opposerai et contrarierai à icelles ".
Les régents sont soumis à l'accréditation ecclésiastique, l'Église catholique pouvant ainsi s'assurer qu'aucun Protestant n'aurait tâche d'enseignement dans ses institutions. Chaque curé peut être assisté par un clerc. 

Un concile se réunit à Cambrai, en 1566, afin d'étudier la mise en place d'une véritable organisation de l'enseignement primaire en France.
L'Église catholique mobilise alors l'ensemble de ses forces pour faire face au péril protestant, venant en particulier par l'école.
Le pouvoir civil intervient alors pour porter secours au pouvoir religieux, car ils ont des intérêts communs.
Les États généraux d'Orléans (1560) souhaitent qu'il y ait dans toutes les villes et tous les villages de France, des gens lettrés chargés d'instruire  
" la pauvre jeunesse du pays plat en la religion chrétienne, les bonnes mœurs et les sciences nécessaires "
.

Louis XIV
(le Roi Soleil) intervient alors. Après la Révocation de l'Édit de Nantes (1685), il ordonne que les biens des consistoires protestants et des religionnaires en fuite soient affectés à l'établissement de recteurs et de maîtres d'école. (C'est l'époque sombre des " dragonnades " en Cévennes, où les Protestants sont impitoyablement pourchassés.)

La Révocation de l'Édit de Nantes provoque l'apparition d'écoles clandestines protestantes à Paris et en Cévennes.

Si la Contre-Réforme (expression désignant le mouvement religieux au XVIe siècle, appelé aussi Réforme catholique) développe l'enseignement en suivant l'exemple donné par les Protestants, il est un domaine dans lequel elle se distingue : rendant Ève responsable du péché originel, affirmant l'inégalité entre les deux sexes, sa misogynie refuse aux filles, et en particuliers aux filles pauvres, l'accès à l'éducation.

L'Église intervient toujours dans le recrutement du personnel enseignant, comme en témoignent les statuts du diocèse de La Rochelle
de 1711 : " Nous défendons à toute personne de tenir école sans notre approbation, et nous déclarons que nous ne donnerons cette permission qu'après nous être bien informé par nous-même ou par le curé de la paroisse s'ils sont bons catholiques, s'ils sont capables et propres à l'instruction de la jeunesse, et enfin s'ils ont bonne vie et mœurs ".
Au cours de la première moitié du XVIIIe siècle apparaissent en grand nombre les congrégations enseignantes qui reprennent l'œuvre des curés de paroisse. Il s'agit de mettre un terme au vagabondage des enfants, tout en les éduquant un tant soit peu.

Le prêtre lyonnais Charles Démia (1636-1689) est le fondateur de la congrégation des Frères de Charles en 1666. Les écoles de Frères se multiplient de 1724 à 1777.
Mais la Révolution de 1789 arrive, et la loi du 18 août 1792 supprime les congrégations des Frères des écoles chrétiennes, car
" un État
vraiment libre ne doit souffrir aucune corporation ", pas même celles dévolues à l'enseignement. 
Sous la Convention (1792-1795), Joseph Lakanal (1762-1845)  est membre du Comité de l'Instruction publique. Sur sa proposition, la Convention décide le 18 novembre 1794 la fondation de 24 000 écoles primaires. En 1795, il fait voter l'organisation des Écoles Normales et d'un projet d'instruction publique. Il y développe certaines idées chères aux idéologues sur l'enseignement : " L'analyse seule est capable de recréer l'entendement, et la diffusion de sa méthode détruira l'inégalité des lumières ".

Après le Directoire, sous le Consulat, Napoléon Bonaparte devient Premier Consul (du 2 août 1802 au 18 mai 1804, date de sa proclamation par le Sénat en tant qu'empereur des Français sous le nom de Napoléon 1er). C'est durant cette période qu'il décide de réorganiser les grandes administration telles que les finances, la justice, qu'il crée la Banque de France, les lycées, qu'il fait promulguer le code civil (Code Napoléon), et qu'il signe le premier concordat avec l'église catholique en avril 1802.
Sous Napoléon
, les concordats de 1802, puis de Fontainebleau en 1813,  génèrent la renaissance des congrégations enseignantes, dont les écoles serviront de référence, tout au long du XIXe siècle, lors de la mise en place progressive de l'école publique.
(En matière politico-religieuse, un concordat est un traité signé entre le Saint-Siège et un État particulier (ou entre un souverain et le pape) dans le but de définir leurs domaines respectifs et de clarifier les relations entre l'Église et les autorités civiles du pays signataire ou concordataire).

L'école publique au XIXe siècle

François Guizot (1787-1874), historien, débute en politique sous la Restauration. En janvier 1830, il est élu député de Lisieux, et signe l'adresse des 221 contre la politique de Charles X. Comme ses préférences vont à une monarchie parlementaire, il se fait l'avocat
de Louis Philippe qui est porté au trône par la Révolution de juillet, et Guizot est appelé au gouvernement. Il devient Ministre de l'Intérieur, puis Ministre de l'Instruction publique (1832-1837).
Le 11 octobre 1832, un gouvernement stable est formé, avec le maréchal Soult comme président du Conseil, le duc de Broglie en tant que ministre des Affaires étrangères, Adolphe Thiers ministre de l'Intérieur et François Guizot ministre de l'Instruction publique.
Très impliqué par cette fonction convenant parfaitement à ses penchants littéraires, il s'applique à faire passer la loi du 28 juin 1833 qui instaure l'école primaire obligatoire et précise que les communes de plus de 500 habitants doivent avoir une école de garçons. Il s'occupe, durant les trois années suivantes, de la faire mettre en application.

Les historiens François Furet et Jacques Ozouf  démontrent dans Lire et écrire, l'alphabétisation des Français de Calvin à Jules Ferry (Éditions de Minuit, Paris, 1977) que François Guizot est le fondateur de l'école moderne, qui, avec l'instauration de l'école primaire publique, a permis l'instruction généralisée des classes populaires.
Il s'agit alors, après les déchirements de la France révolutionnaire, de réconcilier le pays et de le stabiliser. En quinze ans, sous son impulsion, le nombre d'écoles primaires passe de 10 000 à 23 000 ; les écoles Normales pour former les maîtres sont créées, ainsi que le système d'inspection et les conseils d'éducation siégeant sous l'autorité partagée des laïques et des religieux.

L'école primaire obligatoire instaure l'égalité civique, mais elle reste séparée du secondaire, accessible seulement aux enfants des classes aisées, assurant ainsi le gouvernement aux classes favorisées par la naissance ou la fortune. Il subsiste donc, comme cela existait précédemment, une coupure très nette entre l'école primaire populaire et les études secondaires.

Un extrait du discours de Victor Hugo prononcé en janvier 1850 à l'Assemblée Nationale témoigne de cet élan en faveur de l'école gratuite obligatoire :
" Voici donc, selon moi, le but auquel il faut tendre dans un temps donné : l'instruction gratuite et obligatoire (...), un immense enseignement public, partant de l'école de village et montant de degré en degré jusqu'au Collège de France, et plus haut encore, jusqu'à l'Institut de France ; les portes de la science toutes grandes ouvertes à toutes les intelligences. Partout où il y a un esprit, partout où il y a un champ, qu'il y ait un livre ! Pas de commune sans école ! "
.

Cependant, le 15 mars 1850, l'année même où Victor Hugo s'exprime à l'Assemblée Nationale, la loi Falloux marque une régression considérable par rapport aux mesures de Guizot : des écoles séparées sont autorisées pour les enfants appartenant à différentes confessions religieuses et les écoles confessionnelles sont considérées comme des écoles publiques, ce qui permet aux communes très influencées par l'Église de ne pas avoir à assurer le financement des écoles publiques. Les instituteurs nommés par les responsables des communes doivent  y assurer la morale et l'éducation religieuse. Pour devenir instituteur, il n'est plus nécessaire d'avoir reçu une formation dans une école Normale, école que les Conseils généraux ont le droit de supprimer ; être bachelier, prêtre ou membre d'une congrégation religieuse suffit. Garçons et filles doivent être séparés par une barrière dans les salles de classe.

Sous le Second Empire, les théories hygiénistes de Godin

Les théories hygiénistes concernent d'abord le Royaume-Uni dans la première moitié du XIXe siècle, puis elles atteignent la France, où la Révolution industrielle est plus tardive et limitée. Elles s'attachent à l'amélioration des conditions de vie et de travail des ouvriers.
C'est à Guise, dans l'Aisne, que l'industriel Jean-Baptiste Godin (1817-1888), fabricant d'objets en fonte, crée un  " familistère " inspiré par
Charles Fourier
, le socialiste utopique, fondateur de l'école sociétaire. L'ensemble architectural, réalisé entre 1859 et 1878, se compose de logements que Godin définit comme
un " palais social "
, comportant cuisines collectives, laveries, jardins ouvriers, théâtre, piscine, crèche et école, pour le millier de personnes qui y vivent.
Godin écrit un ouvrage intitulé Solutions sociales, dans lequel il expose ses ambitions en faveur de l'association du capital et du travail.
Le  " familistère " de Guise prend en charge les enfants, de leur naissance jusqu'à leur entrée dans la vie professionnelle.
Godin se passionne pour l'éducation, un " équivalent de la richesse ", et rédige un mémoire sur les bancs d'école, mémoire qui annonce les ouvrages et débats qui passionneront plus tard les hygiénistes, médecins, architectes et autre professions concernées par l'école, sous la Troisième République. Dans l'école de Guise, les théories de Godin sont mises en application ; théories qui ne se limitent pas à l'inclinaison des dossiers des bancs, mais qui témoignent d'une approche globale de l'enseignement primaire. L'école de Guise, composée de classes mixtes - fait absolument décrié en son temps - était une école de la réussite, avec un fort taux de réussite à l'examen du Certificat d'études.

Sous la IIIe république, l'école de Jules Ferry,
une révolution sociale au service de la démocratie et de la citoyenneté

Sous la IIIe République, au temps de Jules Ferry, l'État place l'enseignement primaire au cœur du dispositif d'établissement de la démocratie,
et l'investit d'une grande mission civique ; l'école doit permettre de faire évoluer l'ensemble de la population en augmentant son niveau d'instruction.  
Les lois scolaires fondamentales

La loi établissant la gratuité de l'enseignement primaire est votée en 1881, et elle est accompagnée d'un ensemble exceptionnel de mesures.
Nommé Ministre de l'Instruction publique (4 février 1879 au 23 septembre 1880), Jules Ferry (1832-1893) attache son nom aux lois scolaires.
Ses premières mesures sont :
- la collation des grades universitaires retirée à l'enseignement privé (12 mars 1880) ;
- la dispersion des congrégations religieuses non autorisées (29 mars 1880).
Président du Conseil entre le 23 septembre 1880 et le 10 novembre 1882, il poursuit la mise en place des lois sur l'enseignement :
- l'extension aux jeunes filles du bénéfice de l'enseignement secondaire d'État (21 décembre 1880) ;

- la gratuité de l'enseignement primaire (16 juin 1881).

De nouveau Ministre de l'Instruction publique du 31 janvier au 29 juillet 1882, dans le ministère Freycinet, il continue son œuvre en promulguant
les lois fondamentales :

- la loi relative à l'obligation d'instruction et à la laïcité de l'enseignement (28 mars 1882), cette loi étant une suite logique de celle portant sur l'obligation de scolarité ;
- la création d'une  École Normale supérieure féminine à Sèvres et d'une agrégation féminine.

La loi du 28 mars 1882, rendant l'école obligatoire et laïque, établit la liste des disciplines à enseigner : lecture, écriture, instruction morale et civique (remplaçant l'instruction religieuse), histoire et géographie, sciences naturelles, mathématiques, travaux manuels, exercices militaires pour les garçons et travaux d'aiguille pour les filles. 
Cependant, l'école primaire continue à exister à deux niveaux, avec des programmes, des enseignants et des élèves différenciés, car l'enseignement secondaire possède aussi ses petites classes qui ouvrent l'accès au lycée pour les catégories privilégiées, alors que le cycle du primaire se termine au Certificat d'études pour une écrasante majorité d'enfants. L'école primaire marque la dernière étape avant l'entrée dans la vie active.
À partir des années 1880, toutes les communes de France se sont dotées d'une école publique laïque dans laquelle l'école primaire élémentaire est obligatoire de 6 à 13 ans, gratuite et laïque. Les leçons de morale et d'histoire des manuels scolaires sont l'objet de si violentes polémiques dès 1883 jusqu'au déclenchement de la guerre, que l'on peut parler de " guerre des manuels ".

Jean Jaurès (1859-1914), qui a combattu pour la défense de la démocratie et de la paix face aux nationalistes et aux catholiques intégristes défendant les congrégations religieuses, s'implique fortement dans la défense de la laïcité, dans un contexte de guerre ouverte entre deux France, guerre entre les tenants de l'enseignement laïque et ceux défendant l'enseignement catholique.
Les congrégations religieuses n'auront plus droit de dispenser leur enseignement à partir de 1904.
Les écoles protestantes, par contre, s'effacent sans opposer de résistance aux écoles de la République.

Le parti républicain auquel appartient Jaurès est divisé dans sa conception de la morale, de l'école, de la patrie et de la République.
Fidèle à lui-même, Jaurès propose de modifier l'enseignement de l'histoire, de ne plus considérer le Moyen Âge comme une époque obscurantiste,
ce qui va dans le sens souhaité par les Catholiques. Il considère que l'enseignement de l'histoire ne doit pas se limiter à l'étude exclusive de l'histoire de France, et que celle-ci doit être placée dans un contexte plus vaste, intégrant l'Europe et les Colonies.
Jean Jaurès souhaite que l'enseignement permette à l'enfant de réfléchir, de ne pas être le produit de convictions familiales et religieuses.

   Les constructions scolaires

La loi en matière de constructions scolaires est promulguée le 1er juin 1878.
Il revient aux communes d'assurer les frais d'installation, d'acquisition, d'appropriation et de construction des locaux scolaires, ainsi que les frais du matériel. L'État contribue à la dépense par des subventions et des avances. Ce sont 17 320 écoles qui sont alors construites, 5 428 agrandies et
8 381 réparées. Ce gigantesque effort financier s'accompagne d'une intense réflexion sur les normes de construction.

Les controverses au sujet de l'architecture des bâtiments éclatent alors, révélant l'importance donnée au cadre de vie scolaire, en opposant ceux qui désirent une totale unité et uniformisation architecturale permettant leur identification sur tout le territoire national, à ceux qui considèrent qu'il faut tenir compte des spécificités locales.
Les tenants d'une uniformisation à l'échelle nationale l'emportent. Dès 1876, des plans modèles d'écoles primaires, accompagnés de descriptifs et
de devis détaillés, sont envoyés aux Préfets, et en 1880, un comité des bâtiments scolaires a pour mission d'examiner les projets et les réalisations des communes.
Les écoles sont donc construites suivant les normes définies par la IIIe
République.
En 1880, Le Règlement pour la construction et l'ameublement des écoles  
limite le nombre de places par salle de classe à 50 élèves pour les écoles à une classe et à 40 élèves pour celles à plusieurs classes. Chaque élève doit disposer d'un minimum de cinq mètres cube d'air et d'une surface de un mètre carré vingt cinq à un mètre carré cinquante.
En 1882, une Commission d'hygiène des écoles rédige un mémorandum de cent cinquante articles, un code d'hygiène scolaire, suivant de stricts principes. L'emplacement et la structure des édifices y sont clairement précisés : toutes les écoles doivent constituer un espace clos de murs, à l'écart de la rue, dans un lieu paisible, loin de tout voisinage gênant ou insalubre. Le haut mur qui l'entoure coupe l'enfant de l'environnement citadin ;
il le sépare et l'enferme, évoquant les hauts murs des casernes, des hôpitaux et des prisons, tout comme le préau et les hautes fenêtres.
L'orientation du bâtiment, son exposition, en général sud-ouest/nord-est, assurent grâce aux fenêtres, un accès au soleil matin et soir, ce qui permet aux enfants de ne pas se trouver dans des zones d'ombre peu visibles par le maître. La lumière naturelle permet aussi des conditions d'hygiène et de salubrité évitant aux enfants de fatiguer leur vue, de s'étioler, d'éviter ce mal terrible du XIXème siècle qu'est la phtisie...
La grandeur et l'orientation des fenêtres est donc essentielle pour faire entrer la lumière et l'aération des salles de classe.

Ici encore, les querelles sont vives entre tenants de fenêtres des deux côtés de la salle de classe et tenants de fenêtres d'un seul côté.
Les pédagogues, les architectes, les médecins, les oculistes... se passionnent.
Les fenêtres ne doivent pas être placées derrière les élèves, car le maître ne pourraient alors pas bien les voir à contre-jour, et les élèves feraient alors de l'ombre sur leurs cahiers, tout comme le maître ferait de l'ombre sur le tableau noir. Pour finir, il est admis que les barres d'appui doivent être très hautes, ne permettant pas aux regard de s'échapper vers la cour, rendant ainsi les enfants inattentifs.
Des arbres à feuilles caduques sont plantés dans la cour, de façon à tamiser la lumière en été et laisser passer tous les rayons obliques de soleil en hiver.
Nous n'avons pas d'information au sujet de l'éclairage artificiel. Les recommandations les plus fréquentes préconisaient un éclairage au gaz de ville.
Pour les écoles de campagne, l'usage de lampes à huile, avec de l'huile de colza jugée moins nocive que les huiles minérales, plus inflammables, était alors conseillé.
Le chauffage est assuré par un poêle à bois.Le choix du revêtement de sol est considéré comme primordial pour la santé des élèves : le plancher en chêne fait l'unanimité, moins froid et humide que le carrelage. Il doit être régulièrement balayé, nettoyé, une tâche que incombe, par roulement, aux élèves.
Les murs aussi exigent un choix fait avec soin, car, comme les planchers, ils s'imprègnent " des émanations produites par la respiration et la transpiration des élèves" (Mémorial législatif, administratif et pédagogique des instituteurs primaires (Bourg, F. Dufourt, 1864)).
Ils sont peints de couleurs claires. Les murs sont des supports pédagogiques qu'il convient d'utiliser pour y placer des cartes de géographie et d'histoire, des panneaux scientifiques, afin de faire intervenir la mémoire visuelle.
La façade et la masse du bâtiment à un étage sont imposantes, révélatrices de prestige pour l'état comme pour les villageois ou les citadins, flattant les habitants fiers de s'être donné un tel édifice qui impressionne les écoliers. Tout un symbole !
Chaque école comporte des dépendances, une cour, un préau et des lieux d'aisance extérieurs aux bâtiments.
La nécessité d'une cour de récréation était apparue au cours du XIXe siècle. Dès 1866, sous le Second Empire, Victor Duruy avait prescrit une pause, un moment de détente pour chaque demi-journée de classe. Jules Ferry désigne cette pose comme étant une " récréation ".
La récréation permet à l'élève d'aller aux toilettes, de mettre son corps en mouvement, de se détendre, de jouer à des jeux comme les osselets que les mères se procurent chez le boucher. L'enfant sera plus attentif en classe après avoir joué au ballon, a saute-mouton, aux billes...
Un mur ou une palissade partage la cour en deux parties, une pour les garçons, l'autre pour les filles. Chaque partie comporte des toilettes, dont la porte en bois s'arrête avant le sol, ceci pour permettre aux enseignants chargés de la surveillance de la cour de récréation, de pouvoir exercer un contrôle de sécurité sur ce qui s'y passe.
Le préau était précédemment la cour intérieure d'un monastère, d'une prison ou d'un hôpital. À partir du XIXe siècle, il devient aussi la partie couverte de la cour de l'école, où les élèves rangent leurs vêtements accrochés à des chevilles de bois, prennent leurs repas, s'abritent du mauvais temps.
Les préaux tiennent donc lieu de vestiaire, de cantine, de vestibule. En 1887, un arrêté prévoit le déplacement des porte-manteaux vers les salles de classe et institue la pose d'étagères pour le rangement des affaires des élèves.

 Le matériel et les fournitures scolaires 

Les pupitre à deux places des salles de classe de l'école primaire ont disparu depuis longtemps et ne se trouvent plus que chez les brocanteurs.
Eux aussi avaient été réalisés selon des recommandations que l'on peut lire dans un Manuel d'Hygiène scolaire (A. Rians), que cite l'ouvrage réalisé par le groupe de travail de la Maison d'école de Montceau-les-Mines : 100 ans d'École (Éditions du Champ Vallon Seyssel - 1981). Il y est précisé :
" pupitre incliné à 8° ou 9° de manière à ce que les livres et les cahiers bien visibles ne glissent pas par-terre " ; " banc à dossier droit large d'environ 10 cm, plat ou légèrement cintré, sur lequel s'appuient les reins des élèves, afin que la fatigue ne l'oblige pas à cesser de se tenir droit pendant son travail "
. En 1880, la table-banc la plus répandue est à deux places, avec une barre d'attache en son milieu, et un petit casier disposé sous son pupitre pour y placer l'ardoise, le plumier et les cahiers qui, dès 1860, sont des cahiers tout faits et non plus découpés et cousus par les familles, dans des matières qui acceptent plus ou moins bien l'encre. Auparavant, lorsque l'apprentissage de l'écriture était très limité, les élèves n'avaient pas besoin de cahiers. Leur apparition est donc tardive. Au cours du XIXème siècle, le papier-buvard inséré dans chaque cahier a pour objet d'éviter les bavures, pâtés et autres désagréments liés à la nature de l'encre, du papier et à la maîtrise de l'écolier. Les cahiers sont de plus en plus nombreux et différenciés : cahiers du jour, cahiers de récitation, cahiers de brouillon... Leurs couvertures illustrées représentent une cigogne et un clocher suggérant l'Alsace, des palmes, le chef gaulois Brennus (celui qui s'emparant de Rome en 390 av. J.-C., aurait prononcé ces paroles :
" vae victis "
(malheur aux vaincus)). Les couvertures sont utilisées pour inculquer à leur façon, par leur présence quotidienne, les valeurs de la IIIe République, valeurs civiques et guerrières dans une période marquée par le désir de revanche contre l'Allemagne.

L'encrier et l'apprentissage de l'écriture

L'encrier est un accessoire indispensable de l'écolier pour l'écriture à la plume, la plume d'acier " sergent-major " remplaçant la plume d'oie vers le milieu du XIXe siècle. Le porte-plume devient alors un nouvel accessoire pour l'écolier, outil indispensable à ornementation variée.
L'encrier est placé dans un orifice percé en haut de la table, qui porte sur toute sa longueur une gorge permettant de recevoir crayons et porte-plume. L'encrier est en faïence blanche, et l'instituteur le remplit chaque jour d'encre violette.

Mon apprentissage de l'écriture à la plume dans les années 1950 :
" Nous apprenions à écrire à la plume en faisant des pleins et des déliés. Pour faire les pleins, nous appuyions sur la plume et le bec formé de deux parties s'écartait. Mais si nous n'arrivions pas à mettre fin correctement à l'écartement des deux parties de la plume, nous arrachions un bout du papier sur lequel nous écrivions, et il en restait un morceau coincé dans la plume, que nous devions enlever. Aussi nous nous tachions les doigts et, pire ! nous attrapions le bout de papier entre les dents. Nous avions souvent la langue violette, et quand la maîtresse ou le maître nous faisait ouvrir la bouche, nous étions punis. En plus, il nous arrivait de renverser les encriers. Plus tard, le stylo bille a été un vrai soulagement " .
L'apprentissage d'une belle écriture à la plume, qui se pratiquait encore au milieu du XXe siècle, est un héritage des siècles passés.
La plume en acier est un progrès par rapport à la plume d'oie, mais l'exigence d'écrire en belles cursives est fastidieuse, imposée depuis des siècles par les maître écrivains, dont la corporation interdisait depuis le XVIème siècle l'apprentissage de l'écriture par les maîtres d'école. Ce n'est qu'au cours du XVIIIème  siècle, que les maître écrivains sont évincés de l'école.
L'ardoise apparaît au XVIIIème siècle. Elle est insérée dans un cadre en bois et accompagnée d'un chiffon. Son utilisation permet au maître de contrôler plus efficacement les exercices.
Puis, en 1887, la table-banc à une place, sans barre d'appui pour les pieds ni traverses, devient la norme, car le balayage et le nettoyage de la salle de classe en sont facilités. Le dossier de la table-banc doit être un peu plus élevé pour les filles que pour les garçons et les pupitres doivent être distribués en tenant compte de la taille des élèves. De ce fait, dans la salle à plusieurs niveaux scolaires du C.P. au C.M.2, les petits sont placés aux tables du premier rang et les plus âgés au fond. Que de controverses au sujet du mobilier scolaire avant l'arrivée de ce résultat, et maintenant encore ! 
Les livres de l'écolier, dès 1880, sont choisis par une commission formée d'instituteurs réunis dans le chef-lieu de canton. Leur choix est difficile car il s'agit de concilier les exigences de la République avec des exigence locales, dans lesquelles l'Église catholique reste parfois très présente.
Il faut aussi obtenir des communes qu'elles assument les dépenses du matériel et des fournitures scolaires (arrêté du 18 janvier 1887).
L'estrade existait bien avant l'institution de l'école républicaine. Elle était vaste, parfois très haute, reflétant le pouvoir et l'autorité que l'instituteur était censé posséder. La République maintient l'existence de l'estrade qui permet au maître d'avoir une vue complète sur les élèves et de mieux contrôler sa classe ;
une estrade qui permet aussi aux élèves, petits et grands, de bien voir le maître et le tableau noir placé derrière le bureau, un bureau volumineux, à casiers. Ce tableau comporte une petite tablette à sa base, pour le rangement des craies, chiffons et éponges.
Dans chaque salle de classe, des " tableaux de sciences " affichent des classifications claires de connaissances, et une armoire vitrée appelée " compendium " renferme un système métrique que les élèves découvrent au cours de travaux pratiques. Les murs des classes,
" murs du savoir ", sont garnis de nombreuses cartes murales de géographie, la défaite de 1870 ayant été imputée à la méconnaissance de la géographie.
L'arrêté du 18 janvier 1887
demande aux communes d'équiper les écoles en agrès et appareils de gymnastique (haltères, trapèzes, bâtons...),
alors que le décret de 1883 instituait les " bataillons scolaires ", autrement dit des fusils de bois d'une taille et d'une similitude avec les fusils Lebel qui varient en fonction de l'âge de l'élève apprenti-soldat. Les garçons apprennent alors à marcher au pas et participent à des exercices d'initiation au tir.
En 1881, 52 000 fusils ont été distribués dans les écoles, avant que soient créés ces " bataillons scolaires " où les élèves portent un uniforme. Mais leur existence est brève ; ils durent dix ans avant d'être supprimés.
Les filles, quant à elles, puisqu'elles sont de futures ménagères et femmes au foyer, disposent de nécessaires de couture.
Elles apprennent les rudiments de la broderie et de la couture.

L'organisation de l'école

L'arrêté du 27 juillet 1882  propose une organisation pédagogique reposant sur la division de l'école primaire en trois niveaux :
les cours élémentaire, intermédiaire ou moyen et supérieur, avec le Certificat d'études qui met un terme à la scolarité.
Chaque niveau délivre alors un ensemble de connaissances, repris et complété lors du niveau suivant, une organisation répétitive justifiée par la fréquentation scolaire irrégulière.
Parallèlement à l'école primaire, les classes élémentaires des lycées et des collèges sont réservées aux catégories sociales plus aisées, dont les enfants poursuivent  leur scolarité dans l'enseignement secondaire. Les enseignants de ces classes élémentaires ne sont pas formés dans les Écoles Normales d'Instituteurs, mais dans un cadre distinct, celui des professeurs des classes élémentaires des lycées. La distinction faite au milieu du XIXe siècle se maintient jusqu'en 1945, date à laquelle un décret supprime ces classes. Cependant, cette distinction demeure jusqu'aux années 1960. On observe ainsi que le double schéma de l'école dessiné à la fin du XIXème siècle perdure longtemps.

Que de changements depuis Jules Ferry !
 Mais l'école publique laïque a encore de beaux jours devant elle.

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