Angèle (1934)

 

 

 

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" Fernandel "

 

La réalisation d'Angèle est l'occasion de la première rencontre entre Fernandel et Marcel Pagnol.
Fernandel vient de tourner sous la direction de Sacha Guitry et Jean Renoir.
Marcel Pagnol  a réalisé des chefs-d'
œuvre tels Marius, Fanny, Jofroi...
Ce film a permis de révéler Fernandel dans un domaine tragique qui n'était pas le sien.

   
La ferme d'Angèle sous les barres du Saint-Esprit.
Le vallon de Marcellin dominé par les barres du Saint-Esprit.
La ferme d'Angèle se trouve sur le replat en longeant le sentier qui court dans la partie de colline boisée du vallon.
Le puits d'Angèle.
Le puits d'Angèle se cache dans les pins, vers le bas et sur la gauche du vallon de Marcellin.
C'est un faux puits construit par Marius Broquier pour les besoins du tournage, à côté d'une vraie source captée vers un petit bassin.

Clarius Barbaroux, le père Barbaroux (Henri Poupon) et Saturnin (Fernandel), discutent, assis devant la ferme.
Scène du film, reproduite par les santonniers d'Aubagne.
À découvrir en visitant  " Le Petit Monde de Marcel Pagnol ", à Aubagne.

La genèse, la préparation et le tournage du film

La rencontre avec Fernandel, qu'il engage :
Marcel Pagnol vient de réaliser Jofroi (1933), film qui reçoit un accueil chaleureux.
Avant même de tourner L'article 330 (janvier 1933), il pense au tournage d'Angèle, adaptation à l'écran de Un de Baumugnes (1929-1930), roman de Jean Giono. Pour tenir le rôle de Saturnin, le naïf valet de ferme au grand cœur qui va jusqu'à Marseille pour sauver Angèle et son bébé des griffes de Louis, le mauvais garçon, il pense tout de suite à Fernandel. En janvier 1934, Fernandel joue dans la revue Folies en Folie aux côtés de Mistinguett, sur la scène des Folies-Bergères. Au soir du 14 janvier, il pousse la porte de la loge de l'acteur, et, après les présentations d'usage, il en arrive au fait en lui remettant un exemplaire du roman de Giono,
Un de Baumugnes, dont il a acheté les droits et tiré le scénario d'Angèle.
Le tournage aura lieu au printemps 1934 au village de La Treille et dans les décors naturels des barres du Saint-Esprit.
Les préparatifs des décors et lieux de tournage :
Au printemps 1934, Marcel Pagnol descend de Paris vers La Treille avec Orane Demazis et Suzanne de Troye (sa collaboratrice au montage) pour un premier repérage.
Il veut construire les décors pour Angèle au pied des barres du Saint-Esprit, dans le vallon de Marcellin. La Douloire (la ferme d'Angèle) se trouvera dans ce vallon qui lui appartient d'ailleurs, puisqu'il en est devenu propriétaire en vue d'y installer un jour son " Hollywood" provençal (rêve qu'il ne pourra réaliser).
Premier obstacle : rendre carrossable les 8 km de sentiers qui séparent le vallon du village de La Treille. Ce sera chose faite, à grand renfort d'explosifs et de travaux de terrassements.
Il confie ensuite la construction de la ferme La Douloire à Marius Broquier (Mius), son ami d'enfance, maçon de son métier et à son équipe. Mais pour l'eau ? Mius sait qu'il y a une source vers le bas du vallon de Marcellin. Il commence par maçonner un petit bassin afin de la canaliser, puis il construit tout près un faux puits pour les besoins du tournage, le puits d'Angèle.
Marius Broquier a maintenant terminé la construction de La Douloire. Afin de permettre les prises de vues à l'intérieur, et pour avoir suffisamment de recul, un grand trou (toujours visible) a été aménagé dans le mur nord.

Le tournage peut commencer, de façon apparemment décousue, avec nonchalence, entrecoupé par la pause du déjeuner, et parfois aussi par une partie de pétanque.

Les techniciens et acteurs sont logés à l'hôtel des Bains, au village des Camoins, tout près de La Treille. Tous les jours, la troupe monte en camions vers le site, accompagnés par d'autres camions embarquant le matériel de prise de vues et du son.
Il ne manque que Fernand (Fernandel) qui arrve enfin, bon dernier sur les lieux.

La relation entre Fernandel et Marcel Pagnol au cours du tournage :
Fernandel, très pointilleux de nature, voulant que tout soit cadré à l'avance, n'apprécie pas beaucoup l'atmosphère bon enfant, voulue par Marcel Pagnol. 
Il arrive que celui-ci donne son texte à Fernandel juste avant le tournage d'une scène car il l'avait écrite la veille au soir, à l'hôtel. Aussi le voit-on dans trois scènes du film, s'adresser à Angèle, en baissant la tête, tout en regardant l'intérieur de son chapeau qu'il tient respectueusement entre ses mains. En fait, il y avait collé son texte qu'il n'avait pas eu le temps d'apprendre. Mais, finalement, le jeux ainsi produit sera perçu comme très naturel par les spectateurs, et ceci est resté comme un excellent numéro d'acteur.
Le tournage se termine fin mai et le film obtient un triomphe. Marcel Pagnol dit alors et répète que Fernandel est le plus grand comédien de l'époque. Toutefois, un différent, en relation avec leurs façons totalement opposées de travailler, s'est installé entre les deux hommes, différent qui se révèlera bien plus tard, en 1945, lors du tournage de Naïs.

Albin (Jean Servais), le jeune paysan amoureux d'Angèle (Orane Demazis).
Santon faisant partie de la fresque du " Petit Monde de Marcel Pagnol "
(Aubagne).
Thème et résumé

Thème :
Marcel Pagnol veut mettre en évidence l'antinomie entre la campagne, symbole de pureté, thème cher à Virgile (développé dans Les Bucoliques
), et la ville, lieu de corruption et de perdition.
Résumé :
Angèle, fille de paysans, vit avec ses parents, Clarius Barbaroux et Philomène Barbaroux, dans une ferme provençale, la Douloire, isolée au fond d'un vallon.
Elle est aimée en secret par Albin, un jeune paysan. Mais celui-ci tarde à déclarer sa flamme. Un jour, Angèle se laisse séduire par Louis, un mauvais garçon de passage qui l'entraîne à Marseille, la grande ville, et la prostitue.
Saturnin, le brave et dévoué valet de ferme, lui aussi amoureux en secret d'Angèle, ému par le désespoir de ses parents, part à sa recherche. Il la retrouve, vivant dans une modeste chambre d'un garni tenu par une matrone, tue le souteneur, et la ramène à la Douloire avec son bébé. Le père Barbaroux accepte de les recueillir à condition de les cacher afin que personne ne soit au courant du déshonneur de la famille. Elle est séquestrée dans la cave de la ferme.
Heureusement, Albin survient, il l'épouse et adopte son enfant
; puis il les amène chez lui, loin de la Douloire.  

Scénario, réalisation, distribution, casting, équipe technique

Scénario et dialogues : Marcel Pagnol, d'après Un de Baumugnes, roman de Jean Giono
Réalisation : 
Marcel Pagnol
Société de production
 : Les Films Marcel Pagnol

Distribution
:
Clarius Barbaroux
: Henri Poupon - Philomène Barbaroux, son épouse : Annie Toinon - Angèle, leur fille : Orane Demazis - Saturnin : Fernandel - le patron du bar : Delaurme -
Amédée
: Édouard Delmont - Albin : Jean Servais - Louis : Andrex - Tonin, le rémouleur : Charles Blavette - Florence : Blanche Poupon - Jo : Fernand Flament - le tatoué : Darcelys -
la petite servante : Marcelle Vial - le monsieur de la ville : Thommeray - L'Esmenarde : Juliette Petit
Casting :
Compositeur : Vincent Scotto
Directeur de la photographie : Willy
Monteur : André Robert
Monteuse : Suzanne de Troye
Chef décorateur : Charles Brun
Artisan, constructeur des décors : Marius Broquier (ou Brouquier)
N.B.
:
- Ce film a eu un grand succès et une influence considérable sur le néo-réalisme italien comme l'a reconnu Vittorio de Sica.
- Il a eu le mérite de révéler au public le grand comédien Fernandel, qui s'était cantonné jusque-là dans un régistre comique. 

Mis en confiance par les succès de Marius, Fanny, Jofroi et Angèle, inspirés d'œuvres connues, Marcel Pagnol s'estime en mesure de réaliser des scénarios originaux directement écrits pour l'écran. Il se lance avec Merlusse (1935) dont il avait déjà abordé le sujet dans un essai intitulé L'infâme Truc, publié en 1928 dans la revue Jazz.
Ce court métrage fut l'objet de deux tournages, mais seul le second a été porté à l'écran car Marcel Pagnol n'était pas satisfait du premier.

  Première publique à Marseille : salle de l'Odéon, le 16 septembre 1934.
Première à Paris : cinéma Bonaparte, le 30 octobre 1934.

Documents-références

- Pagnol inconnu (Jean-Jacques Jelot Blanc ; Éditions de La Treille - Michel Lafon- 2000)
- Merveilleux Pagnol
(Georges Berni -
Éditions Pastorelly - 1981)
- Site internet : Allociné
- Documents photographiques : Photos © Georges Berni

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