Regain (1937)

 

 

 

Retour vers la page :
" Fernandel "

  Une plongée dans le monde de Regain    

Les Barres du Saint-Esprit (vue à partir du sommet du Taoumé, au-dessus de la grotte du Grosibou).
À l'aplomb des barres, le vallon de Passe-Temps serpente, en descendant vers La Treille.
Le village d'Aubignane avait été construit, pour les décors du film Regain, sur l'éperon gauche des barres et sur le versant sud de cet éperon.
(En arrière-plan, les falaises de Cassis (cap Canaille) plongeant dans la Méditerranée.)

" Au delà du vallon se dressait une colline allongée. Elle avait la forme d'un vaisseau de guerre à trois ponts, en retrait les uns sur les autres. Elle portait trois longues pinèdes, séparées par des à-pic de roches blanches.
- Çui-là, dit le paysan, c'est les barres de Saint-Esprit. "
(La Gloire de mon Père ; chapitre 14.)
La famille Pagnol, en montant pour la première fois vers la Bastide Neuve (la fameuse maison des vacances), découvrait les collines et les barres du Saint-Esprit, à droite du vallon de Passe-Temps.

Les barres du Saint-Esprit et le village d'Aubignane.
Le Cri d'Aubagne (février 1974).
Photomontage réalisé à partir d'une photo en noir et blanc par Georges Berni (1913-1998).
Sur la gauche, la maison de Panturle construite en dur, est toujours debout, ainsi que le porche d'entrée du village d'Aubignane. 
Le reste du village, construit en semi-dur, et notamment l'église à l'extrémité des barres n'existe plus, détruit petit à petit par les intempéries.
En médaillon, à droite, Marius Broquier, l'ami d'enfance de Marcel Pagnol, originaire de La Treille.
Maçon de son métier, c'est lui qui a construit le village d'Aubignane pour les décors de Regain.
Le chemin Pierre Tchernia, lequel part du vallon de Marcellin, et qui permet d'accéder au sommet des barres,
débouche au niveau de l'arceau qui marquait l'entrée du village d'Aubignane.
Cet arceau, construit en dur, a résisté aux outrages du temps.
La maison de Panturle, construite en dur par Marius Broquier,
est encore visible de loin.
Panturle (Gabriel Gabrio) devant l'église d'Aubignane, aujourd'hui disparue.
(Scène du film Regain.)

Arsule (Orane Demazis) et Gédémus (Fernandel) le rémouleur, parcourent les collines et se dirigent vers Aubignane.
 Scène santonnifiée par les santonniers d'Aubagne du film Regain.
(Le Petit Monde de Marcel Pagnol - esplanade Charles de Gaulle - Aubagne.)

La genèse du film, les décors et le tournage

Fin août 1936, Marcel Pagnol vient de terminer César qui sortira en novembre sur les écrans parisiens. Il se met à écrire le scénario de Regain, adaptation à l'écran du roman éponyme de Jean Giono. Dès la parution du roman, en 1930 (éditeur Grasset), il avait pu en acheter les droits grâce à son amitié avec Bernard Grasset. Celui-ci arrive à convaincre Jean Giono de participer à l'écriture du scénario. Marcel Pagnol va le rencontre à Manosque. L'écrivain le conduit à Redortiers, ce village perdu et abandonné de Haute-Provence qui avait inspiré Jean Giono ; village où se passe l'intrigue de son roman Regain. Mais ce lieu, d'une beauté rude et sauvage, est éloigné, difficile d'accès. Marcel Pagnol renonce à tourner le film en ces lieux.
Revenant à La Treille, il retourne avec son ami d'enfance, Mius (Marius Broquier), sur les lieux de tournage d'Angèle, autour du vallon de Marcellin, en-dessous des barres du Saint-Esprit.
En revoyant les barres à partir de la ferme d'Angèle, lui vient l'idée de faire construire par Marius Broquier, un village qui serait le lieu de tournage du film, sur le méplat de la pointe nord-est des barres. Ce sera Aubignane. Les travaux commencent trois mois avant le tournage. II faut tout d'abord créer un chemin d'accès jusqu'au sommet des barres, puis Marius Broquier et son équipe se mettent à la construction du village. Une partie est réalisée en décors remforcés par des poutrelles métallique (certaines encore actuellement ancrées dans le rocher), et la maison de Panturle ainsi que l'arceau d'entrée au village, en dur, et si bien construits que ces deux parties sont toujours debout. À l'époque, les aviateurs s'étaient étonnés de la présence en ces lieux, de ce nouveau village non répertorié sur les cartes, et qui avait brusquement surgi à l'extrémité des barres du Saint-Esprit !
Pendant ce temps, à Paris, Marcel Pagnol éprouve quelques difficultés pour boucler la distribution.
Arsule sera évidemment Orane Demazis. Pour Panturle, il finit par engager Gabriel Gabrio. Pour la Mamèche, personnage de sorcière piémontaise, il décide Marguerite Moréno, pensionnaire à la Comédie-Française. Arthur Honneger sera le compositeur de la musique du film.
Reste Gédémus. Seul Fernandel lui paraît en mesure d'assumer ce rôle de brute mysogine et cynique. Il l'avait déjà contacté en revenant de Manosque, au mois d'août 1936.
Fernandel, très pris à cette époque avait réservé sa réponse. Pour convaincre celui qui est devenu une grande vedette comique d'assumer ce rôle en contre emploi par rapport à son jeu habituel, rôle apparemment secondaire, il lui propose en même temps le rôle principal dans Le Schpountz, dont Marcel Pagnol avait eu l'idée lors du tournage d'Angèle.
Du coup, Fernandel accepte les deux propositions, d'autant que les tournages se feront à quelques kilomètres de sa villa marseillaise des Mille Roses. En fait, Gédémus va devenir, au fil du tournage, le personnage principal du film. Le premier tour de manivelle est donné le 28 décembre 1936, à l'intérieur de l'église du village d'Aubignane. Fernandel, comme prévu, rejoint la troupe fin février 1937. Le tournage se continuera jusqu'au printemps 1937.

Distribution, thème et résumé

"  Avec Regain, tourné de fin 1936 à début 1937, Marcel Pagnol revient pour la troisième fois à la même source d'inspiration qui lui a si bien réussi pour Jofroi et Angèle : Jean Giono, l'écrivain de Manosque, dont les récits se déroulent dans l'âpre décor des Alpes-de-Haute-Provence - et que Marcel Pagnol va transposer dans un paysage plus aimable : celui du massif d'Éoures, à mi-chemin entre Aubagne et Marseille, où il a déjà tourné Angèle.  "  
(Merveilleux Pagnol - Georges Berni - Éditions Pastorelly (1981) - page 115.)
 

Distribution
:
Panturle : Gabriel Gabrio - Arsule : Orane Demazis - la Mamèche : Marguerite Moreno - Gédémus, le rémouleur : Fernandel - l'amoureux : Henri Poupon -
le brigadier
: Robert le Vigan - Alphonsine, son épouse : Odette Roger -
la Belline
: Milly Mathis - le père Gaubert, le vieux forgeron : Édouard Delmont -
Jasmin, son fils
: Charles Blavette - M. Astruc, le courtier en blé : Paul Dullac -
le garde-champêtre : Louisard - le boucher : Charblay - la Martine : Mme Chabert -
Jérémie
: Jean Castan - le percepteur : Robert Bassac
Casting :
Directeur de la photographie : Willy
Monteuses : Jeannette Ginestet, Suzanne de Troye
Créateur des décors : Marius Broquier (ou Brouquier)
Décorateur : René Paoletti
Assistant réalisateur : Léon Bourrely
Assistants réalisateurs (en second) : Henri Dariès, Roger Ledru, Pierre Mere,
Pierre Arnaudy
Monteurs son : Jean Lecoq, Max Olivier, Marcel Lavoignat
Sources d'inspiration : :
L'arrière-pays provençal est le cadre de Regain, roman de Jean Giono.
Regain est le dernier ouvrage d'une trilogie, la Trilogie de Pan : Colline (1929),
Un de Baumugne
(1929), Regain (1930). 
Jean Giono écrit ensuite le scénario du film réalisé et produit par Marcel Pagnol en 1937.
Regain est une histoire à part dans l'œuvre de Jean Giono, car elle finit bien.
Thème :
Deux thèmes portent ce récit : la terre n'est pas un don, mais un monstre qui dévore l'homme et la femme, qui, comme la terre, est l'objet de son désir.
L'univers désespéré de Jean Giono est toujours latent, mais il reste de l'espoir avec
ce regain (le blé qui repousse après la première fauchaison). Le choix de ce roman par Marcel Pagnol n'est donc pas étonnant car le dénouement est plus proche de l'univers parfois dramatique, mais teinté d'humour et vivant, de Marcel Pagnol.
Résumé :
L'histoire commence alors que trois habitants seulement restent accrochés à Aubignane, village moribond : le père Gaubert, le vieux forgeron qui s'apprête à le quitter non sans regrets, la Mamèche, vieille piémontaise qui n'aspire qu'à rejoindre son mari,
jadis englouti au fond du puits qu'il creusait, et son jeune garçon empoisonné par la suite par de mauvaises herbes. Mais auparavant, elle veut amener une femme à l'homme encore dans la force de l'âge, Panturle, décidé à y rester.
Elle y parviendra en déroutant vers Aubignane un pitoyable rémouleur, Gédémus, et son infortunée compagne de route, Arsule.Panturle s'éprend d'Arsule, et tous deux, en unissant leurs efforts, vont permettre la renaissance du village car un enfant va naître.

La Première publique de Regain a eu lieu à Paris (Marignan), fin octobre 1937.
Durée : 2h 30min.
Bibliographie-Références-Documents photographiques

- Pagnol inconnu (Jean-Jacques Jelot Blanc ; Éditions de La Treille - Michel Lafon- 2000)
- Merveilleux Pagnol
(Georges Berni -
Éditions Pastorelly - 1981)
- Fernandel m'a raconté (Raymond Casta
ns - Éditions de la Table Ronde - 1976)
-Site Internet : Allociné
- Documents photographiques : Photos © Georges Berni ; document Le cri d'Aubagne (personnel : Georges Berni) ; une photo de tournage ; une photo d'affiche du film

Retour vers la page :
" Fernandel "