Thérèse Neveu
(1866-1946)

 

 

 

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" Santonnniers d'Aubagne "

 


Thérèse Neveu, née en 1866 dans une famille de potiers et céramistes, est la plus célèbre santonnière d'Aubagne et de toute la Provence, celle qui modernise la fabrication des santons, et qui, pour la première fois, crée un atelier uniquement consacré à la production des santons après son mariage en 1899 avec Louis Neveu, potier de profession.
Elle invente le métier en installant le premier atelier de santonnier professionnel en 1925. Son atelier familial, repris par la suite par ses enfants, fonctionnera jusqu'en 1972. La maison Neveu devient progressivement l'une des plus importantes productrices de santons de Provence et elle fabrique environ 15 000 pièces par an dans les années 1970.


   



 Les Ateliers Thérèse Neveu (Musée-Centre d'expositions).
 
Ce Centre d'expositions a été érigé à l'emplacement des ateliers Thérèse Neveu,
4, cour de Clastre - 13400 - Aubagne
Situé tout en haut de la vieille ville, derrière l'église Saint-Sauveur,
il accueille régulièrement de magnifiques expositions dédiées aux santons, poteries, faïences et céramiques.

Novatrice, Thérèse Neveu abandonne la fabrication des santons en argile crue, simplement séchés au soleil, santons très fragiles, en utilisant
le four de potier de son frère, le céramiste Louis Sicard (l'inventeur en 1895 de la cigale, posée sur une branche d'olivier, cigale devenue depuis emblématique de la Provence). Cette innovation, d'abord mal perçue, se généralise après la Seconde Guerre mondiale.
D'autre part, elle n'a jamais utilisé d'anciens moules, mais crée les siens.

Thérèse Neveu n'est pas la première à représenter des personnages de son temps. Mais elle innove ici encore en choisissant des personnages célèbres et des figures aubagnaises pittoresques : elle réalise les portraits des félibres, au nombre desquels celui de Frédéric Mistral, représenté en chasseur tenant un lièvre à la main (santon déposé au Muséon Arlaten) et celui de Charloun Rieu, sous les traits d'un berger.
Charloun Rieu est moins connu que Frédéric Mistral qu'il admirait. Né au Paradou, près de Fontvieille, en 1846, et décédé dans le mas où il est né,
en 1924, Charloun Rieu a été le chantre de la vie quotidienne en Provence, un poète populaire, traducteur de l'Odyssée en Provençal, et auteur de Margarido dou Deste. Charloun Rieu, homme massif à l'abondante chevelure couverte d'un feutre bosselé, arborant barbe et moustache, a inspiré certains peintres provençaux et Thérèse Neveu qui a choisi de le portraiturer en berger. L'entomologiste Henri Fabre devient, quant à lui, le vieil homme assis sur un banc, faisant une pose dans son observation des insectes.

Charloun Rieu en berger.                                                                           Henri Fabre assis sur un banc.
Santons de Thérèse Neveu.
(Exposition aux Ateliers Thérèse Neveu ; Aubagne - 11 décembre 2009 au 7 mars 2010.)

Thérèse Neveu choisit aussi de représenter, de " santonnifier ", des figures connues et reconnues de tous les Aubagnais.
Le berger couché de la Pastorale a ainsi les traits d'un membre de la famille Neveu.

Pour santonnifier personnages célèbres et gloires aubagnaises, Thérèse Neveu crée ses propres moules sans avoir recours à des moules de Lagnel qui fut un modèle, un initiateur pour les santonniers ; parmi eux, nombreux sont ceux qui ont continué à utiliser ses moules.

L'origine de la santonnification des figures aubagnaises pittoresques mérite d'être racontée.
Le curé Blanc, curé d'Aubagne, recevait chaque année à Noël, sa vieille cousine Margarido, habillée non à la mode du XXème siècle, mais à la mode de sa jeunesse, c'est à dire avec des vêtements taillés et imprimés à la façon des costumes provençaux de la fin du XIXème siècle :
pas de jupe montrant la cheville, comme la mode l'avait imposé à partir de la Première Guerre mondiale, les cheveux cachés par une coiffe, pas de manteau l'hiver et un sac, été comme hiver. Le soin apporté par Thérèse Neveu, sa fidélité à la reproduction des costumes provençaux, méritent d'être précisés, car ils nous font entrer dans le monde aujourd'hui disparu  des coutumes vestimentaires, des échanges, des influences, des relations entre le milieu local et les espaces lointains, dans le monde des indiennes.
Avec le costume provençal, l'identité de ceux que Thérèse Neveu a choisi de représenter apparaît d'emblée : leur âge, leur profession, la catégorie sociale à laquelle ils appartiennent, leur religion. Le costume régional a donc une dimension culturelle, comme vont le montrer les vêtements portés par quelques personnages de la crèche. Le costume, le vêtement, traduisent aussi les réalités techniques et économiques du travail textile des cotonnades, ce que nous allons développer dans les lignes suivantes, afin de replacer nos santons,    
et l'œuvre de Thérèse Neveu, dans un contexte plus large que celui de la crèche, telle que nous avons l'habitude de la voir.


 Margarido (1) ; santon Thérèse Neveu.
(Collection privée Daniel Scaturro.)


   
  Margarido (2) - hauteur : 23cm ;
santon Thérèse Neveu. (Collection privée).
Le santon est posé sur un set de table en cotonnade matelassée de Souleiado, firme provençale créée en 1939 par Charles Demery,
en Arles (voir des précisions dans la suite de la page).

Margarido (1) porte une cape " ramoneur " volantée à fond vert, parsemée de petite fleurs jaune et rouge. Les cotonnades qui habillent Margarido et les Provençales de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle sont révélatrices d'une tradition séculaire en Provence :
les femmes achètent des " indiennes " à Marseille
et dans la région depuis  le XVIème siècle. On importe d'abord des
" indiennes " des Échelles du Levant et des Indes, puis, après l'interdiction de ces importations par Louvois en 1686 pour défendre les intérêts des drapiers, les " indiennes " sont produites dans un cadre national, à partir d'achats auprès de la manufacture d'Oberkampf à Jouy-en-Josas, ou auprès de manufactures marseillaises. L'importation toute nouvelle de coton menaçant les industries traditionnelles de la soie et de la laine a entraîné la prohibition des " indiennes " jusqu'en 1759.

 

Les Provençales préfèrent des tissus à fond sombre, appelé " fond ramoneur ", noir, brun ou vert foncé, " un mélange touffu d'herbages légèrement enluminés de petites fleurs des prés " dit Oberkampf vers les années 1790, et il crée des dessins d'indiennes pour cette clientèle particulière, comme ses successeurs après lui, la mode affectant plus la coupe des vêtements que les tissus eux-mêmes.
Ces verdures sont connues au XIXème siècle sous le nom de Bonnes Herbes. Le nom de cape " ramoneur " est donc issu du tissu imprimé,
sa couleur de fond et ses motifs décoratifs de bouquets de fleurs.
Les noms qui désignent la couleur de fond étaient " fond verdoye ",
" fond merdoye "... La concurrence entre les pays et les entreprises qui fabriquent les cotonnades est alors rude : déjà Oberkampf se plaint des contrefaçons, tout en cherchant à copier des motifs produits par les Anglais. Chacun essaie de produire à moindre prix, et la qualité des étoffes ainsi que des imprimés va en décroissant tout au long du XIXème siècle.

Une digression sur les " indiennes " s'impose.


Les vêtements que portent les femmes sont en cotonnades, en indiennes matelassées, protégeant du froid et résistances à un usage prolongé, donc piquées, et qu'il ne faut pas confondre avec les boutis. Ces vêtements matelassés sont lourds et difficiles à laver et, au début du XXème siècle, seules les personnes âgées les portent encore. Ajoutons qu'une jupe matelassée de deux à trois mètres de fond, serrée à la taille, alourdit la silhouette !

Le boutis et le matelassé sont deux techniques d'aiguilles, de piquage, réalisées par les femmes de la maison en Languedoc et en Provence dans des milieux trop peu fortunés pour en faire l'achat : le matelassé, formé par deux épaisseurs de tissus bâtis, a des dessins plus grands que le boutis ; les dessins " en bosses " des matelassés se répètent sur toute la pièce de tissu par alignement, croisement des points, sauf sur les bordures où il est parallèle.
Pour le boutis, après que le dessin ait été relevé par transparence, les contours des motifs sont dessinés sur l'endroit, par des petits points avant, serrés autant que possible, sur les deux épaisseurs de tissus, le tissu du dessus, une batiste ou un percale, beaucoup plus serré dans sa trame que celui du dessous pour les débutantes qui ont ainsi moins de mal à passer l'aiguille. Ces motifs formés sur les boutis sont très variés, motifs chers à la symbolique provençale : cœurs, rameaux et fruits de l'olivier, fontaines et tourterelles, feuilles de chêne et glands, bouquets de fruits qui sont des symboles de fidélité, de fertilité et de prospérité. (Le motif de la cigale, choisi par les Félibres, et popularisé par la famille Sicard, est donc un symbole qui n'apparaît qu'au XIXème siècle.)
Ensuite, après les petits points qui ont défini le contour des motifs, vient un minutieux travail de rembourrage de mèches de coton, avec une grosse aiguille appelée " boutis " emplissant tous les motifs et les barres appelées " vermicelles ". Les connaisseurs distinguent d'emblée un matelassé d'un boutis en les mettant tous deux à contre-jour : la lumière ne traverse pas un matelassé, alors qu'elle passe au niveau des points du boutis, les seuls endroits de la pièce travaillée qui ne sont pas méchés de coton, donc assez fins pour laisser passer le jour.
Les vêtements matelassés sont ceux du dessus, le boutis étant réservé aux jupons, parmi lesquels les jupons de mariage, objets de grand soin, le plus souvent blancs, et portés sous la robe d'indienne imprimée. Il existe aussi des boutis utilisant la soie, dont nos santons ne nous amènent pas à parler... de même que nous n'évoquons pas le " piqué" de Marseille ".
Après cette digression sur ce patrimoine régional, cet art traditionnel que connaissait bien Thérèse Neveu, précisons qu'un certain nombre de musées ont sauvé de l'oubli le boutis et les indiennes en exposant des jupons, des courtepointes, des coussinets à épingles, des parures de berceau, des bonnets, des bavoirs, des " pétassouns ", ces pièces piquées de forme carrée ou rectangulaire que les femmes portant des bébés dans leurs bras plaçaient pour se protéger d'éventuelles fuites. Citons : le musée de Château-Gombert ; le musée du Vieux-Nîmes ; la Maison du Boutis à Calvisson (dans le Gard, non loin de Nîmes), musée de la tradition des Arts du Piquage et de la Broderie au boutis qui propose des stages d'initiation et de perfectionnement dans cette technique.
La fondation Charles Demery (maison Souleiado) expose à Tarascon ses collections, des collections originelles à celles de nos jours.
Dans ses différentes salles, elle offre un aperçu passionnant des costumes, de la vie quotidienne, des planches d'impression de l'atelier de l'imprimeur, une réplique du célèbre tableau d'Antoine Raspail représentant un atelier de couturières du XVIIIème siècle en pays d'Arles, des courtepointes,
une cuisine provençale et son mobilier, la salle où les pigments sont préparés, des santibelli, un lavoir et un four à tissus.
La salle consacrée au pays d'Arles nous initie au costume et à la coiffure des Arlésiennes, que Thérèse Neveu n'a pas manqué de faire figurer parmi ses santons.

 


Mais revenons à nos santons... et à
Margarido (1) qui s'appuie sur un bâton et tient un panier à couvercle plat et à petite anse contre son tablier imprimé de fleurettes. Le tablier, élément constitutif du costume provençal, disparaît peu à peu au cours du XIXème siècle, devenant un élément non plus de parure, mais de protection. Thérèse Neveu prend soin de le représenter sous toutes ses formes et longueurs sur les femmes du petit peuple laborieux du pays d'Aubagne, paysannes, poissonnières et autres. En Provence, ce tablier ne possède jamais de bavette.
Sous son chapeau de feutre noir à la bérigoulo, Margarido porte la coiffe en taffetas nouée sous le menton, une coiffe aux rubans blancs.
Margarido, se promenant dans les rues d'Aubagne au début du XXème siècle, était un personnage pittoresque, du folklore d'un autre temps.
Si on ajoute son caractère très affirmé, son patois, on comprend qu'elle ait impressionné l'artiste qu'était Thérèse Neveu qui s'était amusée à la santonnifier, penchée sur sa canne, accoutrée à son ordinaire, la tête protégée par son antique chapeau. La statuette si ressemblante, appréciée par tous les membres de la famille Neveu, fit son apparition dans la crèche de l'église Saint-Sauveur d'Aubagne, et obtint immédiatement un franc succès populaire ! Les gens d'Aubagne, de Gémenos, de Pont-de-l'Étoile et d'ailleurs, venaient voir la crèche et se réjouir du spectacle qu'offrait Margarido. Puis, il fallait s'y attendre, les commandes affluèrent à l'atelier, et c'est ainsi que Thérèse Neveu commença sa production de personnages bien connus des Aubagnais, des personnes âgées essentiellement, pour lesquelles elle faisait des recherches dans les familles qui avaient conservé d'anciens costumes. Margarido, la cousine du curé d'Aubagne, personne au caractère bien trempé, se hâtait en bougonnant, chaque année, au moment de Noël, vers l'église Saint-Sauveur, pour vérifier que son santon était bien là, dans la crèche.
La création de Margarido est à l'origine du développement de l'atelier qui mobilise alors, pour la peinture, Léonie et Marie-Rose, les deux filles de Thérèse, et son fils Étienne qui crée, avec sa mère, les moules des nouveaux entrants de la crèche aubagnaise, soit 70 personnages pittoresques ou paysans d'Aubagne et de ses environs. Pour santonnifier personnages célèbres et gloires aubagnaises, Thérèse Neveu façonne donc ses propres moules sans avoir recours à des moules de Lagnel. Elle introduit une rupture dans la tradition santonnière en abandonnant les moules de Lagnel ainsi que les modèles vêtus à la façon du XVIIIème siècle (comme le berger de Lagnel), pour les habiller de costumes provençaux d'une mode ultérieure.



 Signature apposée à l'arrière de la base de certains
santons de grande taille.

Cachet de l'atelier Neveu avec la lettre " A " (Aubagne).
Margarido (2) ; santon Thérèse Neveu.

Les figures de grande et de moyenne dimensions sont peintes à l'huile, alors que les figures de dimensions réduites sont peintes traditionnellement à la détrempe, c'est à dire avec des pigments de couleurs broyés puis dissous dans de l'eau et mélangés à une colle servant de liant. La peinture à la détrempe exige un trait sûr, avec une grande rapidité d'exécution, car les couleurs sèchent vite et ne sont pas reprises facilement. Les personnages les plus emblématiques de la crèche ne sont pas reproduits en séries identiques, comme nous le montrent les clichés des santons de Margarido et de Virginie.
L'atelier Neveu destine les plus grands santons aux églises, des figures de plus de 40 cm de haut ; il produit quatre tailles de santons entre
10 et 20 cm, et les santons ordinaires de petite taille.
De l'atelier sortent donc des pièces de différentes tailles, et, en particulier des pièces d'une vingtaine de centimètres de hauteur, plus proches de la statuette que le santon de taille réduite. Ces pièces de grande dimension, dont font partie les deux santons de Margarido photographiés ici, demandent beaucoup plus de travail et de temps de réalisation que les santons ordinaires.  

Pour finir, ne confondons pas la Margarido de la pastorale Maurel avec la Margarido aubagnaise de Thérèse Neveu. La confusion pourrait venir du prénom Margarido (Marguerite en Français), prénom très répandu alors. La Margarido de la pastorale, une femme âgée aussi, se rend vers l'étable, juchée sur son âne, ce qui n'est pas le cas pour notre Margarido aubagnaise qui se déplace dans Aubagne et non à la campagne. La Margarido de la pastorale Maurel apporte ses offrandes dans un panier couvert d'un linge blanc et elle y a ajouté une pompe à l'huile.
Ses épaules sont couvertes d'un châle fleuri et se jupe en cotonnade piquée imprimée se déploie sur sa monture. Thérèse Neveu a santonnifié les deux Margarido.

 


Virginie
 Bérenger, autre figure pittoresque d'Aubagne, appelée Virginie de Garlaban, une paysanne dévote, venait vendre ses deux lapins chaque semaine au marché d'Aubagne. Elle est identifiable grâce à ses lapins, à son grand parapluie et aux rubans de sa coiffe dont la couleur varie en fonction des fêtes de l'Église. Virginie, comme Margarido, est donc aisément identifiable, grâce à des détails
qui peuvent passer inaperçus aujourd'hui, mais qui, dans la culture provençale d'antan, sont porteurs de sens et identifient une personne, donnent à voir un caractère. Grâce à ces détails, Virginie la dévote ne se confond pas avec Margarido, pourtant cousine du curé !

Virginie de Garlaban ; santon Thérèse Neveu.
(Collection privée Daniel Scaturro.)
Plusieurs clichés ont été pris dans le magasin d'exposition du santonnier aubagnais Daniel Scaturro, meilleur ouvrier de France, qui,
après son père Joseph, continue la tradition des santonniers aubagnais, et expose, à côté de ses santons, des santons anciens de
Thérèse Neveu et d'autres santonniers (au nombre desquels Junoy), des crèches et des décors, ainsi que des santons contemporains.

 

           Virginie de Garlaban ; santon Thérèse Neveu ;
             Terre cuite vernie ( Collection privée).

 

Les personnages les plus emblématiques de la crèche ne sont pas reproduits en séries identiques, comme le montrent les clichés de Margarido et Virginie.
Dans l'atelier Thérèse Neveu, chacun choisissait les couleurs et les motifs,
ce dont témoignent les deux photos de Margarido et de Virginie (l'un des santons est verni, les couleurs des vêtements et du parapluie changent).
Plusieurs santons photographiés proviennent de la collection privée
du santonnier aubagnais Daniel Scaturro, meilleur ouvrier de France,
qui, après son père Joseph, continue la tradition des santonniers aubagnais,
et expose, à côté de ses santons, des santons anciens de Thérèse Neveu et d'autres santonniers (au nombre desquels Junoy),
des crèches et des décors, ainsi que des santons contemporains.

 


               
     L'Arlésienne, santon Thérèse Neveu.
                     (Collection privée Daniel Scaturro.)
            
                L'Arlésienne, un type de beauté, une élégance,
                            reconnus par toute la Provence...

Cette jeune fille timide d'Arles baisse la tête, ses joues rougissent, exprimant sa timidité, un timidité accentuée par le mouvement de sa main droite, qui semble dire qu'elle se protège. Elle tient son tablier replié de sa main gauche, et porte, sur son caraco de couleur sombre, un fichu croisé de couleur blanche. Tablier et jupe portés quotidiennement par les Arlésiennes sont en indienne, ici verte et rouge fleuries. La jupe courte laisse voir des bas de coton blancs et des chaussures plates.
La coiffe, posée sur le haut de sa tête, dégage en partie la chevelure et ne la dissimule pas, contrairement à celle que portent les Provençales de différents terroirs.
Les Arlésiennes, vers le milieu du XIXème siècle, avaient voulu se donner un costume spécifique, et ce choix explique l'originalité de leur coiffe, comme la richesse des tissus de leurs vêtements, faits souvent de belles soieries et non de simples indiennes comme c'est le cas ici pour cette jeune fille vêtue simplement. Elles arborent des pendants d'oreilles ornés de pierres dures comme les grenats ou les diamants et des montres en or portées en sautoir, des ombrelles, ont les mains gantées, signe d'un raffinement urbain.
La création du riche costume de l'Arlésienne est un acte volontariste, qui précède l'action de Frédéric Mistral ; celui-ci,
inquiet des modifications de la société entrée dans l'ère industrielle,
voue sa vie à la défense de l'identité provençale, et la crée, d'une certaine façon. La fondation du Félibrige, en 1874, a pour but de défendre et diffuser la langue provençale.

Le costume festif, porté aux environs de 1900, est celui que Frédéric Mistral a rendu célèbre, et que portent encore, lors des cérémonies, la reine d'Arles et les femmes d'Arles, jeune et moins jeunes, toutes très fières de maintenir leur patrimoine. Parler de la façon dont les cheveux sont coiffés avant la pose de la coiffe  de son précieux ruban, parler de tous les éléments de la toilette, rares dentelles et bijoux que vendent encore certains bijoutiers de notre région, serait très, très, long. Disons seulement qu'il faut des heures pour se préparer et qu'être à plusieurs est indispensable,
ne serait-ce que pour placer les épingles du fichu (d'où vient cette expression " être tiré à quatre épingles ", qui en dit long sur la méticulosité requise !). La coiffe nous indique que la jeune fille santonnifiée a plus de 16 ans : si elle était plus jeune, sa coiffe se composerait d'un ruban de dentelle blanc, ayant ses deux extrémités nouées sur le devant de la tête. Cette coiffe, comme beaucoup d'autres coiffes régionales, renseigne sur l'âge de celle qui la porte, et sur son statut de jeune fille à marier.

Mais revenons à Frédéric Mistral, né à Maillane, non loin d'Arles, le 8 septembre 1830, où il est décédé le 25 mars 1914, et où il est inhumé.
Frédéric Mistral est l'auteur du Trésor dóu Felibrige (1878-1886), qui reste le dictionnaire le plus riche de la langue occitane.
Son œuvre capitale est Mirèio (Mireille), publiée en 1859, long poème en provençal, en vers et en douze chants, qui raconte les amours contrariés de Mireille et Vincent, deux jeunes provençaux de conditions sociales très différentes.
D'autre part, il avait raconté à Alphonse Daudet, avec lequel il s'était lié d'amitié, le drame de la mort de son neveu, amoureux sans espoir d'une Arlésienne, drame à partir duquel, Alphonse Daudet avait rédigé l'un des récits des Lettres de mon Moulin, puis un drame lyrique 
l'Arlésienne
, dont Georges Bizet, à son tour, compose un opéra en 1876, (opéra dont ceux qui ironisaient affirmaient que le personnage principal n'apparaissait jamais sur scène)...Frédéric Mistral, prix Nobel de littérature en 1904, a consacré l'intégralité de la somme reçue à la création du premier musée ethnologique de France, dont il a conçu lui-même l'aménagement, le Musée Arlaten, à Arles, malheureusement fermé pour d'importants travaux jusqu'en 2012.

 

 

Grasset et Grassetto, santon Thérèse Neveu.
(Collection privée Daniel Scaturro.)
Grasset et Grassetto, sur notre photo, sont réalisés dans des moules différents. Mais ils sont liés par le mariage, l'âge et la vieillesse :
l'un ne va pas sans l'autre. Les personnages de la crèche porteurs d'offrandes sont là pour représenter toutes les composantes de la société,
et ici, ce sont les personnes agées, comme le montrent les cheveux grisonnants qui dépassent de la coiffe de Grassetto,
la canne de Grasset et son dos voûté. Les vêtements indiquent en outre que ce sont des personnes de catégorie sociale moyenne,
des petits-bourgeois, comme l'indique le joli gilet fleuri visible sous la redingote de Grasset.
 

Roi mage sur son éléphant, en route vers Bethléem, santon de Thérèse Neveu.
 (Exposition aux Ateliers Thérèse Neveu ; Aubagne - 11 décembre 2009 au 7 mars 2010.)

Les animaux de la basse-cour, le petit bétail de la campagne provençale, chèvres et moutons, la caravane des chameaux et celle des éléphants, complètent cette crèche si vivante réalisée dans les ateliers Thérèse Neveu. Précisons que c'est encore une innovation de Thérèse Neveu de représenter les rois mages, non pas prosternés devant l'étable, mais  en cortège sur le chemin de Bethléem. Pour finir l'énumération des composants de ce petit monde de la crèche, n'oublions pas le décor, bergeries, moulins à vent, ponts... qui étaient aussi produits par l'atelier.

Les Ateliers Thérèse Neveu (Centre d'expositions), inaugurés en 1995, occupent l'emplacement de l'atelier familial, créé en ce lieu en 1889 par Thérèse Neveu et son mari, au cœur du vieil Aubagne (4, cour de Clastre), non loin de l'église Saint-Sauveur, dans la partie haute de la ville,
au-dessus des anciens remparts. Ils reçoivent des expositions consacrées aux métiers des Arts de la terre. Ainsi, l'hiver 2009-2010 a donné lieu à l'exposition de la Communauté du Pays d'Aubagne et de l'Étoile, consécutive à l'achat de l'essentiel de l'a collection constituée par le santonnier
René Pesante. Des moules, des santons habillés et peints provenant d'Aubagne et de pays lointains, des santons en céramique des sœurs Gastine, de la vaisselle de faïence, ont été rassemblés pour le plus grand bonheur des visiteurs.
Et deux biennales réunissent régulièrement les potiers venus de toute la France pour Argilla, à la mi-août, et les professionnels de l'art santonnier, perpétuant le patrimoine aubagnais, Aubagne se réclamant des arts de la terre et de la céramique depuis le XVème siècle.

Les 4 et 5 décembre 2010 :
9
ème biennale de l'art santonnier à Aubagne.
Exposition unique aux " Ateliers Thérèse Neveu "
sur Thérèse Neveu et les productions de son atelier (décembre 2010 - janvier et février 2011).
(Un millier de santons donnant une vue magistale de son travail ;
de nombreux documents, lettres, vidéos, des visites commentées ...).
Ateliers Thérèse Neveu - 4, cour de Clastre - 13400 - Aubagne ; Tél. : 04 42 03 43 10  

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